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L’association TUNVEZH dans la presse

Au cœur des villages de Cornouaille : Kérity continue à faire front

© Le Télégramme/Ronan Larvor – le 14 mars 2022

La dynamique de Kérity se concentre sur le front de mer.

Kerity, un des ports de Penmarc’h, n’a pas perdu la pêche. Face à la mer, protégé par la barre des Étocs, le cœur du quartier continue à faire front. Malgré les mutations, l’identité maritime y est vitale.

     À Kérity, il y a Emma. Une vigie. Le village est balisé par deux bornes de pierres : au nord l’église Sainte-Thumette du XIIIe siècle, au sud la barre des Étocs plate-forme maritime et terrain de jeu des plaisanciers. Au milieu, le front de mer s’articule autour du Doris, le grand bar-restaurant où règne Emma Le Gall depuis plus de 50 ans.

     Sur la carte, l’urbanisme diffus de la commune de Penmarc’h brouille les frontières entre les secteurs de Kérity, Saint-Guénolé, Saint-Pierre et le bourg. Kérity est pourtant une enclave historique dans ce pays, celle des « poch flak », la coiffe des ouvrières des conserveries, proche de la penn sardin douarneniste. La coiffe dominante des Bigoudènes n’était pas de mise. C’était il y a longtemps. Le port de pêche est lui-même un souvenir. Il n’y a plus d’équipages de chalutiers ou de palangriers, les derniers bateaux ayant rejoint Saint-Guénolé à la fin des années 1990.

L’ancienne criée au cœur du port. (Le Télégramme/Ronan Larvor)

     L’ancienne criée est devenue salle communale. Seuls deux ou trois pêcheurs côtiers continuent à prospecter les fonds. Pourtant tout respire la mer. Kérity conserve une identité grâce à l’attachement de ses habitants à un site unique.

Le port accueille 200 bouées pour les plaisanciers. (Le Télégramme/Ronan Larvor)

     Christian Boënnec est le président de l’association Marins et amis du port de Kérity Penmarc’h. L’homme de 67 ans est un gars d’ici. Kérity est un port à marée, les bateaux s’échouent à basse mer. Christian se souvient du projet à la création de l’association dans les années 1980 de créer un port « plus luxueux ». « Mais il était difficile de creuser ».

Christian Boennec (Le Télégramme/Ronan Larvor)

     Pas de regret tant le site qui découvre à marée basse est superbe. Et cela ne décourage pas les plaisanciers. « Il y a 200 bouées ici, plus 70 mouillages à Port de Bouc à proximité. 70 personnes attendent une place ». Christian Boënnec connaît parfaitement le plan d’eau devant le port et surtout les Étocs, la barre de cailloux redoutables sur laquelle s’écrasent les vagues. « L’été, l’association y organise un pique-nique, dit-il. Je promène les personnes dans des endroits où elles n’oseraient jamais passer. Les autres bateaux suivent mon sillage. Il peut y avoir une quarantaine de personnes qui débarquent avec les annexes pour pique-niquer ».

     Une autre association de plaisanciers est née officiellement en 2016 après plusieurs années d’activité au sein de La Voile associative penmarc’haise. Le Vent des Étocs, présidé par Michel Labidurie, réunit une centaine d’adhérents sur une quarantaine de voiliers côtiers habitables.

Christian Boënnec montre les Étocs devant Kérity, où il promène les amateurs de sensations en été. (Le Télégramme/Ronan Larvor)

     Kérity a ainsi conservé son âme portuaire. L’ancienne criée accueille les pêcheurs qui y vendent leurs poissons du jour, des marchands d’huîtres s’y installent selon la saison.

     À côté, une lignée de commerces borde le quai du Général-de Gaulle. C’est là qu’Emma Le Gall règne sur le Doris. L’établissement est dans la famille depuis 1898, quand la grand-mère d’Emma s’est installée.

Emma Le Gall, la patronne du Doris depuis 1970. Il y a d’autres restaurants sur le front de mer : le Kouign Palace, le Nautilus, les crêperies Amzer Zo, et un peu plus loin chez Marie-Anne, Mag’alette… (Le Télégramme/Ronan Larvor)

     Emma a repris l’affaire en 1970, après sa mère. Trois générations seulement depuis le XIXe siècle ! « Il y a eu ici en même temps mercerie, épicerie, articles de pêche, dentelle bretonne, bar, restaurant, se rappelle-t-elle. Il y avait que des marins. Ils venaient danser les poches pleines les jours de paye. Il n’y en a plus. Quand les chalutiers sont partis nous avons perdu nos clients. Nous avons dû faire un bar de jeunes, fermer plus tard le soir ». Mais le Doris reste le pilier, ouvert tous les jours. « Quand quelqu’un cherche une personne à Kérity elle doit venir ici ».

     Juste à côté, dans la rue Paul-Éluard, Riwan Aït Siameur, employé de L’Épicerie de famille est d’une autre génération.

Riwan Aït Siameur, employé à L’Épicerie de famille. (Le Télégramme/Ronan Larvor)

     Le magasin a ouvert en août dernier comme annexe d’un autre commerce de Pont l’Abbé. « Nos patrons vivent ici. Il manquait une épicerie à l’année. La population locale a joué le jeu. Nous avons été bien accueillis et agréablement surpris par la fréquentation cet hiver. Il est vrai que les habitants de Kérity ont du mal à partir s’ils trouvent ce qu’ils cherchent sur place », dit-il. D’autant que l’épicerie fait la part belle aux producteurs locaux.

     Dans les ruelles étroites derrière le front de mer, on trouve deux autres piliers culturels de Kérity : un cinéma et une église. Sainte-Thumette est un édifice du XIIIe siècle sauvé de la dégradation par l’association Tunvezh présidée par Edith Criquet. Celle-ci est issue d’une lignée d’avitailleurs du port. Partie à 18 ans pour la région parisienne, elle a conservé la maison familiale près de l’église. « Nous avons créé l’association Tunvezh en 2010 suite à une fête des voisins, vu l’état déplorable de l’église. L’objectif était de sauvegarder et animer. La restauration a débuté en 2016. Nous avons obtenu le prix du Mécénat populaire. Aujourd’hui, nous y organisons des expositions, concerts, conférences ».

     Le trésorier de l’association est un certain Michel Labidurie, président du Vent des Étocs. Le lien entre les deux amers de l’identité de Kérity est donc bien réel.

Edith Criquet devant une exposition organisée par l’association Tunvezh. (Photo Edith Criquet.)

     Dans un autre registre, le cinéma Eckhmül, municipal est un modèle de réussite. Ce mardi en fin d’après-midi, les spectateurs défilent à l’entrée. À l’affiche, « Belfast », dans cette salle ouverte fin 1955 et municipale depuis 1998. Avec sa programmation de qualité, elle attire les cinéphiles bien au-delà du Pays bigouden et participe à la renommée de Kérity.

Frédérique Le Floch et Roger Hélias. (Le Télégramme/Ronan Larvor)

     « Être loin de tout oblige à attirer une clientèle particulière avec la programmation », indique Frédérique Le Floch, employée municipale affectée depuis une quinzaine d’années au cinéma. Cela profite aussi aux bars voisins. « Il y a eu à une époque deux cinémas à Penmarc’h. Celui-ci a tenu car la Ville l’a racheté, précise Roger Hélias, animateur du ciné-club. Il est intégré dans le paysage culturel et la mentalité des gens d’ici. Depuis les années 2000, beaucoup de jeunes retraités se sont installés et nous avons développé l’art et essai. Ce cinéma crée une dynamique. Il fait de la lumière dans la rue ».

     Quand on l’a quitté, Emma Le Gall a esquissé un sourire. Kérity vit malgré tout et des beaux jours sont encore à venir.

© Le Télégramme/Ronan Larvor – le 14 mars 2022


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